USA  IMMO Floride

On compte aujourd’hui 41 millions d’hispanophones aux Etats-Unis, ce qui fait de cette nation le second pays hispanophone au monde, derrière le Mexique et devant l’Espagne. Un élément déterminant qui devrait peser sur la balance des présidentielles en 2016. Selon les pronostics des spécialistes, les Etats-Unis deviendront en 2050 le premier état hispanophone au monde et l’espagnol sera parlé par 10% de la population mondiale, devenant ainsi la deuxième langue la plus parlée sur Terre…

Décryptons les raisons d’un telle avancée linguistique

Petit rappel historique

La réalité de la présence hispanique aux Etats-Unis est le fruit d’un faisceau complexe de facteurs historiques. C’est le Mexique, au début du 19ème siècle, qui amorce le tournant indépendantiste, en lançant les premiers mouvements d’émancipation afin de se libérer du joug espagnol. Le célèbre cri du père Hidalgo en 1810 est ainsi le point de départ d’un mouvement qui aboutira en 1821 à l’indépendance du Mexique.

Suivi par d’autres pays comme Puerto Rico, Cuba ou la République Dominicaine, le mouvement indépendantiste se propage. Libérés de la sujétion au roi d’Espagne, ces nouveaux états américains  conserveront sa langue et sa culture comme les stigmates d’un passé révolu.

En 1848, s’achève la Guerre du Texas qui opposait les Etats-Unis au Mexique. Marquant la déroute mexicaine, le traité de Guadalupe Hidalgo contraint l’état mexicain à céder la moitié de son territoire aux Etats-Unis. C’est ainsi que la Californie, l’Arizona, le Nouveau Mexique, le Texas, ainsi qu’une partie de l’Utah, du Colorado et du Nevada, furent annexés par les Etats-Unis, devenant ainsi les nouvelles étoiles d’une fédération américaine élargie. Malgré l’annexion, les Mexicains restèrent sur leur territoire (bien que dépossédés de leurs terres) et l’on continua à parler espagnol du Rio Grande au nord de Sacramento.

La migration économique vers la Terre Promise

Au 20ème siècle, s’amorce l’ère de l’immigration économique vers le Nord. Les Etats-Unis représentent alors une Terre Promise pour ces millions de migrants venus à pied puis en train. Synonyme du plein emploi, de liberté et démocratie pour des états du sud au processus démocratique vacillant ou condamné par les dictatures, les USA sont le nouvel Eldorado latino. Terre de prospérité qui attire les ventres creux, le flux migratoire ininterrompu continue vers le nord. L’espagnol se répand par vagues successives sur le territoire américain au rythme de la faim et des crises socio-politiques.

Aujourd’hui encore, en 2015, l’espagnol connaît une grande vigueur en raison d’un flux migratoire constant et sans cesse renouvelé. Aussi, aux 41 millions d’hispanophones aux USA, il faudrait ajouter les 11,6 millions d’Américains bilingues : principalement les enfants de migrants hispanophones.

Les communautés hispaniques, nouvelle donne politique et économique

Les USA en haut du podium en 2050 ?

Selon les projections des spécialistes, l’on estime que les hispanophones seront au nombre de 102 à 138 millions à l’orée 2050. Ces pronostics font ainsi des Etats-Unis la première nation hispanophone au monde. Si la communauté hispanique prédominante reste la communauté mexicaine (63%), très implantée notamment en Californie et dans les Etats du sud-ouest, la communauté portoricaine (9,2%) ou cubaine (3, 5%), restent plus discrètes à l’échelle nationale. Très ancrés dans l’Etat de Floride, les Cubains ont édifié de toute pièce la ville de Miami et représentent aujourd’hui 40%de la population locale. Impossible de déroger à la langue espagnole dans le centre de la Sunshine City où l’espagnol supplante déjà l’anglais au quotidien.

Le vote hispanique : une nouvelle réalité politique

Si une nouvelle ère linguistique s’annonce où l’espagnol détrônerait le potentat de l’anglais, cette nouvelle réalité sociologique bouleverse déjà le paysage politique américain. En rendant le vote latino partie intégrante de l’échiquier politique, les élections de 2016 vont devoir composer avec cette “minorité” devenue majoritaire dans de nombreux états.

Devenue la communauté la plus importante des USA, les hispaniques constituent 12 % de l’électorat américain.

Rappelons-nous qu’en 2012 Barack Obama avais misé gros sur cette dernière en dépensant cinq fois plus d’argent auprès des medias latinos. Cette mise de départ lui avait permis de rapporter le jackpot puisqu’il avait remporté 67% des votes hispaniques.

Pour les élections de 2016, deux candidats d’origine hispanique se sont déjà lancés dans la course aux présidentielles. Le républicain Rafael Edward “Ted” Cruz, premier sénateur du Texas d’origine cubaine et le républicain Marco Antonio Rubio, gouverneur de Floride, lui aussi d’ascendance cubaine et fier de son pedigree de Cuban American.

L’espagnol, un passeport pour l’emploi ?

La vision optimiste

Le président des Académies de la Langue Espagnole, Humberto Lopez Morales reconnaît que “s’il y a 40 ans, l’espagnol était aux Etats-unis la langue des sans-papiers, elle est aujourd’hui devenue la langue du business et les inscriptions à l’université ont explosé.

Les chiffres de 2015 en témoignent : si 850 000 étudiants américains se sont inscrits en espagnol, seulement 210 000 l’on fait en français. Notre expert constate que “l’apprentissage de l’espagnol est un business et que dans quelques états, comme la Floride, il représente un réel passeport pour l’obtention d’un emploi”.

Dans son essai loué par la critique, “Le futur de l’espagnol aux Etats-Unis”, José Antonio Alonso revient sur ce nouveau phénomène social soulignant que “dans le marché du travail nordaméricain, le bilinguisme (anglais –espagnol) est un plus salarial mis en avant par de nombreuses sociétés.” L’autre aspect également mis en lumière dans l’un de ses 9 chapitres est “l’ascension sociale” réalisée par la “nouvelle génération d’hispaniques américains” qui occupe aujourd’hui des “postes d’envergure non seulement sur la scène politique mais aussi au cœur des grandes entreprises, des institutions ou universités de renom”. C’est ainsi que Sonia Sotomayor fut, dès 2009, la première hispanique à siéger à la Cour Suprême américaine. Tout un symbole !

La vision pessimiste

Toutefois, José A. Alonso note la part d’ombre que comporte cet avènement de l’espagnol aux USA. Notant l’altération progressive de la transmission linguistique entre les générations, Alonso s’inquiète de la perduration d’une langue espagnole de qualité. Pronostiquant la mortalité à long terme d’une langue déjà affaiblie, son diagnostic semble moins optimiste… Acculturation quand tu nous tiens…

Amoureux de la langue de Cervantés, restons optimistes ! Le Spanglish, nouvel idiome et version remixée de l‘anglais et de l’espagnol est en pleine expansion aux USA ! Langue de la rue, ultra-tendance, le Spanglish nous donne la preuve que l’avenir et la richesse d’une langue passe d’abord par le métissage. Un “Te veo” sera plus trendy qu’un “See you” dans les rue du Queens ou de Little Havana. Piensatelo !

Guide MFC